Thibault, le Normand qui a apprivoisé le 140 km de la MB Race

Il vit à Cherbourg, s’entraîne sur des côtes qui culminent à 180m d’altitude, et pourtant il a terminé trois fois d’affilée le 140 km et ses 7 000 m de D+ à Megève. Rencontre avec Thibault, 25 ans, finisher de la MB Ultra Somfy en 2024, 2025 et 2026.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Thibault, j’ai 25 ans et j’habite à Cherbourg, en Normandie.

Comment es-tu venu au VTT ?

J’ai d’abord commencé par le foot, en poussin, mais le vélo m’a donné envie quand j’ai remporté ma première course de VTT, dans ma commune, à Teurthéville-Hague. À partir de 2015, j’ai commencé à pratiquer uniquement pour le loisir : des randonnées du dimanche de 25 à 50 km, environ une fois par semaine, sur mon VTT semi-rigide. Je me suis ensuite spécialisé dans le marathon mais je fais aussi quelques courses XCO dans la région.

Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de te lancer sur la MB Race ?

En 2019, sur Strava, j’ai vu un collègue terminer la MB Race avec 140 km et 7 000 m de D+ : les chiffres m’ont donnée le tournis ! Je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». J’ai décidé de me lancer dans le défi MB à partir de 2021, avec mon premier VTT tout suspendu.

Comment prépare-t-on la montagne quand on vit en Normandie ?

C’est compliqué : en Normandie, difficile de trouver de la montagne ! En 2021, j’ai accumulé les longues sorties d’endurance, de 100 à 200 km. J’ai aussi mis au point un entraînement complètement fou entre Vauville et Herqueville : un parcours de 22 km pour 1 000 m de D+, que je répétais plusieurs fois par mois, jusqu’à 145 km pour 6 103 m de D+ en 13 h 14. C’étaient des côtes à répétition de 1 à 2 km, avec une altitude maximale de 180 m, pas idéal… L’objectif de ces distances était de me tester : savoir jusqu’où je pouvais tenir, physiquement et mentalement, pour être prêt pour ce défi et espéré devenir finisher de la MB Ultra.

Raconte-nous ta première MB en 2022.

C’était le 4 juillet 2022, sans aucune expérience de la montagne. Au départ, à 6 h du matin, quand la musique a retenti, j’ai réalisé dans quoi je m’engageais. Mon objectif était d’aller le plus loin possible, avec le 140 dans un coin de la tête. Les crampes sont arrivées au milieu et en fin de course, avec la déshydratation due à la chaleur. J’ai dû m’arrêter au 100 km : finisher de la MB Ultra 100 km, mais hors délai de 25 minutes pour pouvoir m’engager sur le 140.

En 2023, tu changes de méthode d’entraînement…

Oui, j’ai découvert le home-trainer. Je faisais des entraînements par intervalles (15/30/40) pour simuler les cols à la maison, et j’ai décidé de retourner à la MB avec le 140 comme objectif. Le 1er juillet 2023, les conditions étaient dantesques : pluie et froid, avec près de 0 °C au compteur GPS. J’ai échoué à 8 secondes de la barrière horaire du 100 km. Finisher du 100, déçu sur le coup, mais au final je ne serais sans doute pas allé au bout ce jour-là.

Et 2024, l’année du rêve ?

Je retente ma chance avec encore plus de sacrifices et de détermination : des séances plus régulières, 4 à 6 fois par semaine, et même plusieurs fois dans la même journée. Pour cette 3e participation, je prends exemple sur un collègue : mode guerrier. La météo n’était pas favorable : orages et sable du Sahara.

J’arrive à Combloux avec 1 h 30 d’avance et je commence à rêver du 140, mais la route est encore longue. Je découvre ensuite des 40 derniers kilomètres très costauds, avec des sacrées montées… Je n’ai plus grand-chose dans les jambes après les crampes, je n’arrive plus à m’alimenter, mais je ne suis pas du style à abandonner. Je vais au bout de moi-même et le rêve se réalise : je boucle le 140 en 14 h 39 min.

En 2025, tu récidives.

Pour cette 4e participation, l’objectif était de finir le 140 une 2e fois. Je me suis préparé en conséquence, en intégrant de la course à pied et du renforcement musculaire. J’ai réalisé un nouvel exploit en 14 h 16 min, sous une grosse chaleur… J’ai fini complètement cuit, incapable de marcher.

2026 : une 5e participation, avec un record de la Manche en jeu.

L’enjeu était de terminer le 140 pour la 3e fois d’affilée et d’égaler ainsi le record de la Manche du nombre de finishers. Mon objectif était clair : améliorer mon temps et mon classement (Top 100).

Les 100 premiers kilomètres se passent bien, avec 1 h 40 d’avance à Combloux. Puis un problème mécanique vient contrarier mes plans au km 105 : plus de frein avant, joints de piston HS. S’y ajoute une baisse physique, avec le soleil qui tape vers 15 h. J’ai tout de suite compris que j’allais connaître une fin de course très difficile.

Je suis allé chercher mes limites jusqu’au bout, jusqu’à rejoindre Megève en partie à pied dans les descentes techniques, entre racines et cailloux. Je termine la course en 15 h 02. Je suis de nouveau finisher du 140, le Graal !

Quel autre défi as-tu relevé cette saison ?

J’ai participé à la MTB Alpine Cup, un challenge européen France-Suisse, où j’ai terminé 23e du classement.

Quels sont tes projets maintenant ?

Je reviendrai pour fêter les 20 ans de la MB Race c’est sur : j’aime cette course mythique et les paysages qui l’entourent. Mais en attendant, en 2027, j’ai de nouveaux objectifs avec des courses à étapes. Et j’ai un autre rêve : participer à l’Absa Cape Epic, en Afrique du Sud.

Un dernier mot ?

Merci aux bénévoles et à toute l’équipe d’organisation pour ces 5 belles années : vous êtes au top ! On se revoit très vite. Et j’espère aussi que mon témoignage peut aider ceux qui hésitent encore à se lancer !

Alors si vous aussi vous souhaitez vous lancer dans l’aventure MB Race, rendez-vous le mardi 1er décembre à 12h pour l’ouverture des inscriptions !